TRAME

Trame seul sans fond

Agriculture et société, des choix politiques à partager !

Pascale Croc,
Co-présidente

Les agricultrices et agriculteurs de notre pays expriment actuellement une colère noire, généralisée, aux origines diverses et fruit d’analyses variées, à l’image de la diversité des régions, productions et modèles agricoles français. Des voies d’avenir se dessinent, mais ne s’épanouiront qu’avec le concours de tous, des agriculteurs aux consommateurs.

Les dégradations de la nature liées aux excès de la vie humaine – y compris dans l’agriculture – sont de mieux en mieux documentés et connus des citoyens de la planète Terre. S’il est plus que souhaitable de travailler en protégeant notre environnement, tant naturel qu’humain, cela doit rester compatible avec des revenus équitables et une belle qualité de vie pour l’ensemble des emplois agricoles. C’est là que le bât blesse : la vie en agriculture devient insoutenable, humainement et financièrement.

Chacun des acteurs de la société doit prendre sa part

Les agricultrices et agriculteurs ont pour mission de chercher de nouvelles voies, en s’inspirant et s’appropriant celles qui fonctionnent, en en imaginant de nouvelles aussi. Une paysannerie qui cherche saura se trouver, de la production à la commercialisation.
Mais rien ne pourra s’établir solidement si cette évolution ne se construit pas en étroite collaboration, d’une part entre les différents actifs agricoles et d’autre part, c’est primordial, avec les autres citoyens. Car les moyens du changement doivent impérativement s’appuyer sur une revalorisation de nos productions et des services que l’agriculture rend à la société. Voilà qui consolidera nos métiers et les rendra bien plus attractifs.

Consentir à payer pour une bonne santé alimentaire

Aux productions saines doivent correspondre de justes prix de rémunération : le consommateur peut consentir au prix de sa bonne santé alimentaire. Les conditions pour y parvenir dépendent de l’évolution des politiques nationales et européennes : structurantes, fortes, valorisant véritablement les engagements à produire et consommer mieux, pour une santé globale.

Il convient d’éviter les tentations d’abandon qui deviennent parfois réalité, comme la renonciation MAEC et les déconversions bio côté agricole, ou comme la préférence portée à une nourriture peu chère mais de piètre qualité, côté consommateurs. De tels engagements offriraient un soutien réel à une profession qui veut redevenir riche en emplois et collectifs associés, adossés à des modèles économiques viables. Et qui donnent envie.

Faire battre plus fort le cœur du métier de Trame

Déjà, beaucoup de dynamiques sont à l’œuvre localement et depuis longtemps, pour trouver d’autres chemins, accompagner les changements et initiatives menées souvent dans l’ombre des politiques publiques et très peu soutenues.
Ces dynamiques collectives de territoire sont le cœur de métier de Trame. A nous, acteurs multiples du développement agricole et rural et acteurs politiques, chacun dans son rôle, de mieux les soutenir et les rendre encore plus inclusives. Mais aussi en ouvrant nos esprits et nos fermes, pour accueillir les besoins des consommateurs et les rendre conscients des réalités de nos métiers agricoles. Chacun pourra ainsi se convaincre de sa part de chemin à parcourir, en toute solidarité entre producteurs et citoyens.

Dans ce contexte de profond malaise, le défi de notre profession plurielle, protéiforme, se dessine clairement : partager cette vision ambitieuse, revendiquer unanimement des moyens financiers donc humains pour réussir les transitions, voire les ruptures nécessaires.

Affirmons notre volonté d’avancer, en nous remettant collectivement en question !